Entretien: Shirakawa Ryuji

29/06/2016

Pour mieux apprendre à connaître Shirakawa Ryuji sensei, son parcours et ses perspectives sur l'aïkido.

 

 

Vous avez commencé l'Aïkido à 15 ans avec votre père, Shirakawa Katsutoshi shihan ? Comment en êtes-vous venu à l'Aïkido ?

 

En fait, j'aimais le Judo [rires]! Mais il n'y avait pas de club de Judo dans mon lycée. Donc j'ai commencé l'Aïkido à la place.

J'aimais le Judo car j'aimais projeter – le Karaté, pour cette raison, ne m'attirait pas.

Et puis, j'avais toujours aimé les arts martiaux en général, découverts à travers les films de Jackie Chan et Bruce Lee. J'adorais regarder Jackie Chan, qui est très populaire au Japon. J'aimais essayer de l'imiter, j'aimais l'aspect acrobatique de Jackie Chan – que je trouvais en plus très « cool ». La gymnastique, également, m'a toujours intéressé : l'idée d'utiliser la totalité du corps. Cette utilisation totale du corps est la raison pour laquelle je pratique aussi Yoga et Tai Chi.

 

Quelle a été la réaction de votre père quand vous lui avez dit que vous souhaitiez commencer l'Aïkido ?

 

Il a été très heureux ! Il nous disait toujours [Ryuji sensei a un frère et une sœur] : « faites de l'Aïkido ! ». Mais j'ai été le seul à commencer l'Aïkido.

 

Vous pratiquez de nombreux sports et activités physiques, comme le Yoga, le Tai Chi. Qu'est-ce que cela représente dans votre pratique de l'Aïkido ?

 

En Judo, il y a le ne waza [pratique au sol], en Ju-Jitsu brésilien également. Cela nécessite une grande souplesse, une grande flexibilité des articulations. C'est souvent la raison pour laquelle les gens pratiquent le Yoga. J'essaie d'être bon dans les arts martiaux, et c'est pourquoi j'explore les façons de m'entraîner. L'Aïkido est la raison pour laquelle je pratique le Yoga, pour construire ma condition physique, pour travailler la structure, la flexibilité, l'équilibre.

 

Et le Tai Chi ?

 

Le Tai Chi est excellent pour relâcher le corps, et les genoux. C'est une activité très saine qui peut être pratiquée par des personnes très âgées. Il est difficile de commencer l'Aïkido à 70 ou 80 ans – mais c'est possible pour le Tai Chi. On peut le pratiquer jusqu'à 90, même 100 ans. Le Tai Chi est très proche des arts martiaux, et excellent pour les personnes âgées – peut-être est-ce une activité un peu ennuyeuse pour certaines jeunes personnes, mais cela permet de construire un corps souple, mais tonique, musclé en profondeur – et, c'est excellent pour les genoux !

En Aïkido, il n'y a pas de compétition, contrairement aux autres kakutogi [sports de combat], comme le Judo. L'objectif de gagner, d'être le plus performant conduit à des entraînements très particuliers, et c'est la raison pour laquelle je m'y intéresse.

 

Que répresente votre participation aux World Combat Games ?

 

Je suis très fier d'être le représentant du Japon, recommandé par le Dôshu. Cela a été l'occasion de voir toutes sortes d'Aïkido, particulièrement l'Aïkido français, très impressionnant [rires]. L'Aïkido russe est aussi intéressant – les russes sont tellement puissants ! C'est très enrichissant de voir tant de choses variées.

 

Vous commencez à être un symbole, un représentant très reconnu de l'Aïkido. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

 

Je suis très heureux que de nombreuses personnes pratiquant des styles très différents me suivent et s'intéressent à ma façon de pratiquer. L'Aïkido, c'est l'expression de soi [jikohyogen] : si vous voyez l'Aïkido de quelqu'un vous comprenez leur perspective sur l'Aïkido.

 

Votre popularité a connu un essor depuis le lancement de votre chaîne YouTube ?

 

Oui, de façon impressionnante. En 2014, il y a eu une discussion à propos de mes vidéos d'Aïkido, et c'est suite à cela que j'ai commencé à être connu.

 

Pouvez-vous nous parler du Shinbunrenseijuku ?

 

Eh bien, au Shinbunrenseijuku, on se concentre sur les enfants – nous en avons à peu près 250. Mon père voit que le niveau d'éducation au Japon, de l'attitude à la morale, est en baisse, et il souhaite éduquer les jeunes à travers l'Aïkido. Il souhaite enseigner la culture japonaise, les traditions et les coutumes aux adultes et aux enfants. Je m'inscris totalement dans ce projet.

Personnellement, ce que j'aime, c'est la motivation des pratiquants : si les élèves au Dojo sont très motivés et veulent s'améliorer, je pratique avec eux très intensément. Si le degré de motivation n'est pas très élevé, j'enseigne, mais je ne m'investis pas autant.

 

Votre père est un prêtre Shinto. Quelle est l'influence de votre père et du culte Shinto sur votre Aïkido ?

 

D'abord, il s'agit de Reigisaho [l'étiquette] – quelle main pose-t-on en premier quand on salue le Kamiza, ou bien, avec quel pied rentre-t-on ou sort-on du Dojo selon l'endroit où est situé le Kamiza. Normalement, les autres professeurs d'Aïkido ne parlent pas de ces choses-là. Quand je suis assis au Kamiza, je laisse toujours le Kamiza visible à ma droite : pour les élèves, le Kamiza est donc à ma gauche – et traditionnellement, la place d'honneur est toujours à gauche. Je ne suis jamais au milieu, où je pourrais cacher le Kamiza.

 

Et quant à l'aspect spirituel ?

 

J'ai été élevé dans le culte shinto, et je me considère comme un croyant. Je pense que si le shinto influence ma pratique, c'est de manière inconsciente. En Aïkido, on sent le partenaire, mais le shinto, c'est un culte de la nature. Quand mon père parle d'O-sensei et de la secte Omoto-Kyo, il explique que quand O-sensei faisait les suburi, et armait le sabre ou le bâton, il sentait l'univers. Je pense que le shinto consiste à s'unifier avec la nature, le monde, et que l'Aïkido, c'est s'unifier avec les gens.

L'Aïkido de mon père est bien plus shinto : sa recherche ressemble à celle d'O-sensei. Personnellement, je ne suis pas en quête de cela. Je pense que nous vivons à une époque très différente de celle d'O-sensei, et le style d'entraînement actuel ne correspond pas à celui qu'on pouvait avoir en temps de guerre, où l'objectif était de survivre. Le concept d'ukemi est très différent aujourd'hui et à l'époque : ma conception de l'ukemi consiste à sentir l'énergie du partenaire – ce n'est pas une question de vie ou de mort.

 

Que pouvez-vous nous dire de vos professeurs, à commencer par Kobayashi shihan ?

 

Kobayashi shihan est très humain, très amical avec tout le monde, ce qui est très rare. Les personnes le respectent également en tant qu'être humain. Il va avoir 80 ans cette année et, pour son âge, il est dans une forme physique excellente. C'est parce qu'il continue à s'entraîner, contrairement à d'autres professeurs âgés, qui ne pratiquent plus, pour ainsi dire : lui continue à travailler ukemi.

 

Vous-même êtes très amical avec les pratiquants. Devez-vous cela à Kobayashi shihan ?

 

Un petit peu, sans doute [rires]. Je pense qu'en tant que pratiquant d'Aïkido, il est important d'améliorer sa personne, son caractère, et pas seulement sa technique. Si vous voulez améliorer les relations entre les gens, ce qui est l'objectif de l'Aïkido, il vous faut être une personne bonne.

J'ai été uchi deshi de Kobayashi shihan ; c'est lui qui m'a le plus influencé, peut-être pas sur le plan strictement technique, mais c'est auprès de lui que j'ai compris ce que cela représentait, conceptuellement et en termes de style de vie, d'être un professionnel de l'Aïkido. Mon père est un prêtre shinto qui fait de l'Aïkido ; Kobayashi sensei, lui, est un aïkidoka avant tout.

 

Qui vous a le plus influencé techniquement ?

 

Le Doshu, incontestablement. Techniquement parlant, son aïkido est limpide, lisible, beau : c'est la base. Sur la base de l'Aïkido du Doshu, j'ai ensuite développé le mien. Maintenant, mon Aïkido est différent de celui du Doshu, mais je peux reproduire le style du Doshu.

Quant à ma conception de l'Aïkido, elle vient de mon père. Il est extrêmement ouvert aux autres styles – contrairement à beaucoup de professeurs qui veulent transformer leurs élèves en clones [rires]. Ce n'est pas le cas de mon père, il ne dit jamais : « s'il vous plaît, imitez mon style ». Mon père a exploré beaucoup de styles différents, et c'est la raison pour laquelle son style a beaucoup évolué.

 

Qu'est-ce que représente pour vous l'Aïkido yawarakana [souple et doux] ?

 

Pour moi, l'Aïkido, c'est l'utilisation du corps, de tout le corps, c'est-à-dire des articulations des hanches, des épaules, des genoux, et des muscles de la partie inférieure du corps. La force vient des hanches : c'est doux, mais ça nécessite de l'équilibre. Mon père dit toujours : le bras doit être doux, mais pas trop doux – il a un cœur d'os. Et le point le plus important, c'est le centre, le hara, le seka tanden.

 

Comment pensez-vous que votre Aïkido va évoluer ?

 

Mon idéal, c'est la souplesse du bambou : il plie avec le vent, mais ne rompt jamais. Je pense que l'Aïkido doit être beau, esthétique, mais avec du sens. Le mouvement naturel est beau : si l'uke est bon et naturel également, alors la rencontre des deux est belle. Je pense qu'un enseignant devrait beaucoup enseigner les ukemis – cela prend beaucoup de temps à enseigner. La beauté, l'aspect naturel et l'efficacité sont la même chose. Si vous ne pratiquez pas beaucoup, vous faites beaucoup de mouvements superflus ; c'est une perte de mouvement, ce n'est plus naturel, et l'Aïkido devient très difficile. Il faut prendre soin à ne pas faire de mouvements en excès : plus vous pratiquez, plus cela devient facile.

La vertu essentielle, c'est datsuryoku, l'absence de force. C'est l'idéal du Budo classique, c'est aussi le mien.

 

Voulez-vous ajouter quelque chose ?

 

Je parlerais de l'importance du bukiwaza [travail des armes] : il est très important de pratiquer le ken et le jo. Le taijutsu [ « techniques du corps » = travail à mains nues ] s'est developpé à partir du kenjutsu. Il est important de pratiquer ces mouvements, la taille, l'estoc au jo, pour apprendre à projeter.

Igarashi sensei est un autre sempai [tuteur] de mon père et moi : c'est auprès de lui, au Canada, que j'ai appris le Katori shinto ryu. La différence entre le Kashima shin ryu et le Katori shinto ryu, c'est la longueur. Le Kashima est très court, les enchaînements du Katori sont très longs – et pour cette raison, le style n'est pas très populaire [rires].

 

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